Version texte de la démo, complète, sans animation
Présentation (vidéo de 10 secondes)
Samuel, Nadia, Karine et un collègue, devant la ligne d’emballage, se présentent tour à tour.
- Samuel : « Samuel. Ma première semaine. »
- Nadia : « Nadia. Je l’accompagne. »
- Karine : « Karine. Je vais vite. »
- Le collègue : « Votre rôle : qu’il reste, en sécurité. »
La première semaine de Samuel
Lundi, Samuel commence à la ligne d’emballage. Il a 19 ans ; c’est son premier emploi en usine. Vous dirigez son équipe.
Un nouveau est plus à risque de se blesser. Sa semaine dépend beaucoup de vous.
Deux jauges suivent vos choix : son engagement et sa sécurité.
Ce que vous saurez faire : l’accueillir et bien le confier ; faire cesser un geste dangereux ; parler à un nouveau qui décroche.
Les deux jauges partent à 50 sur 100. Chaque choix les fait monter ou descendre ; la fin dépend de leur niveau après le dernier choix.
Lundi, 6 h 50
Samuel arrive à 7 h ; vous avez la réunion de production à 7 h 30, et la commande de la ligne est en retard. Nadia, opératrice d’expérience, s’est portée volontaire pour l’accompagner. Karine travaille au poste voisin.
Que faites-vous de Samuel ce matin ?
- À éviter : « Je le confie à Karine dès 7 h : elle est juste à côté, et elle connaît la ligne mieux que tout le monde. »
Ce qui se passe : Karine lui montre la scelleuse entre deux palettes : « Fais comme moi, c’est pas compliqué. » À midi, Samuel ne sait pas où est la sortie de secours.
Engagement −15, sécurité −20.
Pourquoi : Confier le nouveau au collègue le plus proche est tentant : c’est rapide, et Karine connaît la ligne. Mais elle n’a rien demandé, et sa commande passe avant. Un compagnon se choisit volontaire, avec du temps libéré pour accompagner. La prochaine fois, demandez-vous : qui a accepté, et qui a le temps ?
- Le choix que les sources appuient : « Je l’accueille jusqu’à 7 h 30 : visite, sorties, risques du poste. Puis Nadia, production allégée. »
Ce qui se passe : Samuel quitte la visite avec ses lunettes, ses gants et le nom de Nadia. À 15 h, vous repassez : « Pis, ta première journée ? » Il sourit.
Engagement +20, sécurité +20.
Pourquoi : Vous avez fait l’accueil que décrit la CNESST : la visite, les sorties, la trousse, l’équipement remis et expliqué, un parrain désigné. Nadia est volontaire, et elle a le temps. Votre passage de 15 h, c’est la rencontre de fin de première journée : ses impressions, puis les vôtres.
- À éviter : « Je le confie à Nadia dès 7 h : elle s’est portée volontaire, et la commande de la ligne est en retard. »
Ce qui se passe : Nadia lui montre ce qu’elle peut entre deux boîtes. Samuel reste derrière elle, sans oser déranger. Personne ne lui a fait visiter l’usine.
Engagement +5, sécurité −10.
Pourquoi : Nadia est le bon choix : elle s’est portée volontaire. L’erreur est ailleurs : sa production n’a pas bougé, alors qu’accompagner un nouveau prend du temps. Et personne n’a fait l’accueil du premier jour : la visite, les sorties, les risques du poste. La prochaine fois, vérifiez les deux.
Mercredi, 14 h
En passant près de la scelleuse, vous voyez Samuel glisser la main sous le capot pour dégager une boîte coincée. La ligne roule. Karine fait toujours comme ça, « pour ne pas arrêter la ligne ».
Que faites-vous ?
- À éviter : « Je le laisse finir, et je lui en parle à la pause, à l’écart, pour ne pas l’humilier devant Karine. »
Ce qui se passe : À la pause, Samuel hausse les épaules : « Karine le fait tout le temps. » Jeudi, il recommence.
Engagement 0, sécurité −50.
Pourquoi : Vouloir lui éviter l’humiliation est une bonne intention. Mais pendant ce temps, sa main reste dans une machine en marche. Décoincer, c’est travailler dans la zone dangereuse : le règlement exige le cadenassage avant (RSST, art. 196). Un danger immédiat se fait cesser sur-le-champ ; la discussion à l’écart vient après.
- Le choix que les sources appuient : « Je l’arrête net, je fais arrêter la ligne, puis je lui montre le cadenassage, à l’écart. »
Ce qui se passe : La ligne s’arrête. Samuel rougit. À l’écart, vous lui montrez la boîte de cadenassage, et il pose son cadenas lui-même. « Pis Karine, elle ? » « Je vais lui parler aussi. »
Engagement +10, sécurité +25.
Pourquoi : Vous avez fait cesser le danger, puis vous lui avez dit, à l’écart, ce qui ne va pas et ce qu’il doit faire à la place. Il a refait le geste devant vous : c’est le volet pratique que recommande la CNESST. Et la pratique de Karine se corrige aussi, puisque Samuel n’a fait que l’imiter.
- À éviter : « Je l’arrête net, devant l’équipe : « Ici, on fait pas ça. La prochaine fois, c’est un avis écrit. » »
Ce qui se passe : Samuel retire sa main, rouge, sans un mot. Karine ricane. Jeudi, vous le voyez décoincer de nouveau, quand il vous croit loin.
Engagement −20, sécurité −10.
Pourquoi : Vous avez fait cesser le geste : c’est l’essentiel. La fermeté devant l’équipe semble montrer l’exemple ; en fait, elle lui apprend surtout à ne pas se faire voir. Il ne sait toujours pas quoi faire à la place. Corriger, c’est lui dire ce qui doit être fait, et le lui montrer.
Mercredi, 14 h 10
À l’écart, Samuel tient son cadenas. Il demande : « Pourquoi un cadenas ? La ligne est arrêtée, là. »
Que lui répondez-vous ?
- Le choix que les sources appuient : « Une ligne arrêtée, quelqu’un peut la repartir. Ton cadenas à toi, personne d’autre ne peut l’enlever. »
Ce qui se passe : Samuel hoche la tête et regarde son cadenas autrement.
Engagement 0, sécurité +5.
Pourquoi : C’est la raison du règlement : le cadenassage garde la machine hors d’état de fonctionner tant que chaque personne dans la zone dangereuse n’a pas retiré le sien (RSST, art. 195 et 197). La question à se poser devant une machine arrêtée : qui d’autre pourrait la remettre en marche ?
- À éviter : « Le cadenas laisse une trace : si jamais tu te blesses, on pourra prouver que la procédure a été suivie. »
Ce qui se passe : « Ah. C’est pour les papiers, d’abord. »
Engagement 0, sécurité −5.
Pourquoi : On pense volontiers aux preuves en cas d’accident ; ce n’est pas le but. Le cadenas empêche la machine de repartir pendant qu’une personne est dans la zone dangereuse, et chacun pose le sien (RSST, art. 195 et 197). Expliquez ce qu’il empêche, pas ce qu’il prouve.
- À éviter : « L’arrêt d’urgence, c’est pour les accidents. Pour un blocage, c’est le cadenas qui arrête la ligne. »
Ce qui se passe : « Ben là, la ligne est déjà arrêtée. »
Engagement 0, sécurité −5.
Pourquoi : Le cadenas n’arrête pas la ligne : il l’empêche de repartir. Un arrêt peut être annulé par quelqu’un d’autre ; le cadenas de chaque personne, non (RSST, art. 195 et 197). On confond facilement les deux, parce qu’ils se suivent dans le même geste.
Vendredi, 9 h
Jeudi, Nadia a revu le cadenassage avec Samuel. Vous passez à la scelleuse au moment où une boîte coince. Samuel s’arrête, jette un œil vers Karine, puis vers vous.
Que faites-vous ?
- À éviter : « Je fais le cadenassage moi-même, pour lui montrer encore une fois comment on s’y prend. »
Ce qui se passe : Samuel vous regarde faire, les bras croisés. Il n’a pas touché à son cadenas.
Engagement −5, sécurité 0.
Pourquoi : Remontrer rassure, et c’est ce qu’on fait spontanément quand on tient à ce que ce soit bien fait. Mais il l’a déjà vu avec Nadia : ce qu’il lui faut maintenant, c’est le faire lui-même, pendant que vous êtes là pour corriger. Après une démonstration, vérifiez qu’il sait le refaire seul.
- Le choix que les sources appuient : « Je le laisse faire sans rien dire, puis je lui demande d’expliquer chaque geste dans ses mots. »
Ce qui se passe : Samuel arrête la ligne, pose son cadenas, dégage la boîte. « Comme ça, personne peut repartir la ligne tant que mon cadenas est là. » Vous hochez la tête.
Engagement +5, sécurité +10.
Pourquoi : Vous l’avez laissé pratiquer, puis vérifié qu’il a compris en le lui faisant dire dans ses mots, comme le propose la CNESST. Ses mots vous montrent ce qu’il a retenu, et ce qui manque encore. Le suivi d’un nouveau, c’est aussi ça : s’assurer qu’il sait travailler de façon sécuritaire.
- À éviter : « Je lui dis : « Vas-y, tu connais ça », et je continue ma tournée sans attendre la suite. »
Ce qui se passe : Karine lui lance : « Tu vas pas cadenasser pour une boîte ? » Vous êtes déjà loin.
Engagement 0, sécurité −10.
Pourquoi : Lui faire confiance est un bon signe à lui donner. Mais le geste est neuf d’hier, et l’habitude de l’équipe pèse plus que ce qu’il a vu avec Nadia. Vous ne saurez pas ce qu’il a fait. Tant que le geste est neuf, restez le temps de le voir faire.
Vendredi, 14 h 30
Ce matin, Samuel est arrivé vingt minutes en retard. Depuis, il répond par un mot et il a mangé seul. Nadia vous glisse : « Je pense qu’il parle de lâcher. » Le quart finit à 15 h.
Que faites-vous ?
- À éviter : « Je lui laisse son espace : la première semaine, c’est dur pour tout le monde. On en reparlera lundi. »
Ce qui se passe : À 15 h, Samuel part sans dire bonjour. Nadia hausse les épaules.
Engagement −40, sécurité 0.
Pourquoi : Laisser de l’espace part d’un bon sentiment : la première semaine est dure. Mais les signes étaient là : le retard, le silence, ce que Nadia vous a dit. La CNESST recommande de rencontrer le nouveau, de recueillir ses impressions, et de le refaire régulièrement. Attendre lundi, c’est laisser la fin de semaine décider à votre place.
- Le choix que les sources appuient : « Je le vois quinze minutes à l’écart : ce que j’ai remarqué, puis « Comment tu trouves ça, ici ? » »
Ce qui se passe : Samuel hésite, puis : « Je sais pas si je suis fait pour ça. Je comprends pas la moitié de ce qu’on me dit, pis j’ose pas demander. » Vous convenez de revoir le poste avec Nadia lundi, et d’un point chaque vendredi.
Engagement +25, sécurité 0.
Pourquoi : Vous partez de ce que vous avez vu, sans reproche, puis vous posez une question ouverte : il peut dire ce qui ne va pas. Sa réponse vous dit quoi ajuster : plus d’entraînement, un autre rythme. Le point du vendredi fixe d’avance la fréquence du suivi, comme le recommande l’APSAM.
- À éviter : « Je lui rappelle qu’en période d’essai, les retards comptent. S’il veut rester, il doit s’ajuster. »
Ce qui se passe : Samuel dit « O.K. », les yeux au sol. Vous ne savez toujours pas ce qui se passe.
Engagement −40, sécurité 0.
Pourquoi : Le retard est un fait, et le nommer n’est pas une faute. Mais un avertissement ferme la porte au moment où il fallait l’ouvrir : vous ne savez pas pourquoi il décroche. Une question ouverte vous l’aurait appris. Devant un nouveau qui se ferme, posez-la ; l’avertissement pourra venir, s’il le faut.
Trois semaines plus tard
Comment la fin se décide : si la sécurité tombe sous 40, Samuel se blesse. Si la sécurité tient mais que l’engagement tombe sous 50, il part. Si les deux jauges tiennent, il reste.
- Samuel s’est blessé. En décoinçant une boîte, scelleuse en marche, il s’est fait prendre la main. Il est en arrêt de travail.
- Samuel est parti. Lundi, 6 h 58, un texto : « Je reviendrai pas. Merci pour la semaine. » Son poste est affiché de nouveau.
- Samuel reste. Un nouvel opérateur commence à la ligne : c’est Samuel qui lui montre la trousse, et comment poser son cadenas.
Trois réflexes
- Le premier jour, accueillez-le vous-même, puis confiez-le à un compagnon volontaire qui a le temps.
- Devant un geste dangereux, faites-le cesser sur-le-champ ; à l’écart, dites ce qui doit changer, et faites-le pratiquer.
- Quand un nouveau se ferme, partez de ce que vous avez vu, posez une question ouverte, fixez le prochain point.
Cette démo ne remplace pas la procédure de cadenassage de votre usine.
Sources
- CNESST, Démarche d’intégration de vos travailleuses et travailleurs (DC200-989, janvier 2026)
- CNESST, L’ABC des notions SST à connaître pour l’intégration d’un nouveau travailleur (2024)
- APSAM, Fiche technique n° 64, Intégration compétente et sécuritaire des nouveaux employés (2006)
- Règlement sur la santé et la sécurité du travail, art. 195 à 197 (à jour au 1er juillet 2026)